Le pèlerinage annuel au mausolée de Sidi ‘Adb El Qader Ben Mohammed dit « Sidi Cheikh »

Date: 
Dimanche, 10 mai, 2015 - 18:00
Nom de l’élément dans la langue et l’écriture de la communauté concernée, : 
RAKB SIDI CHEIKH
Nom des communautés, des groupes ou, le cas échéant, des individus concernés: 

OULED SIDI CHEIKH ; AHL STITEN ; AGHOUAT K'SÊL ; CHA'NBA ; H'MIYANE ; OULED ZYAD ; OULED MOULEY ; OULED SIDI kHALIFA ; OULED SIDI EL HADJ BEN'AMER, OULED 'ABDELKRIM.

Localisation géographique et étendue de l’élément: 
Jusqu'en 1982, le pèlerinage de Sidi Cheikh (RAKB SIDI CHEIKH) rassemblait une caravane d'un millier de femmes, d'enfants et d'hommes  qui, le dernier lundi de la deuxième quinzaine du mois de juin de chaque année, partait de STITEN, oasis de montagne située au pied du DJEBEL KSÈL, dans les MONTS DES GÇOUR, à l'ouest de l'ATLAS SAHARIEN en ALGÉRIE et voyageaient pendant trois jours, à pied et à dos d'animaux, pour arriver le jeudi matin à EL ABIADH SIDI CHEIKH, à 130 kilomètres vers le sud-ouest. 
 
C'est à EL ABIADH SIDI CHEIKH, autour et dans le MAUSOLÉE où fut enterré en 1616 un grand mystique musulman (soufi) du nom de Sidi 'Abdelqader Ben Mohammed dit "Sidi Cheikh",  qu'ont lieu, jusqu'au samedi matin, tous les rituels, jeux, spectacles et d'autres activités. Depuis, les voitures, les bus et les camions ont remplacé la caravane.
Description sommaire: 
RAKB Sidi Cheikh est un pèlerinage organisé par les communautés nomades et sédentaires appelées Ouled Sidi Cheikh, qui descendent d'un grand soufi (mystique musulman)  Sidi 'Abdelqader Ben Mohammed dit SIDI CHEIKH né en 1532 à l'ouest de l'Atlas saharien en ALGÉRIE, mort aux environs de Stiten en 1616, et enterré à el Abiodh Sidi Cheikh, où il a son mausolée. 
 
Le pèlerinage rassemble des communautés affiliées à la confraternité soufie dite "cheikhiya" fondée par Sidi Cheikh. Il a lieu au mausolée de ce dernier, pendant trois jours, à partir du dernier jeudi d juin de chaque année. Il consiste en rituels religieux et manifestations profanes festives : 
 
 
 — la visite des pèlerins au mausolée : ils y récitent des versets du Qoran, prient et méditent. C'est un lieu de haute spiritualité. 
 
 
— "Selka", qui consiste à réciter le Qoran en chœur pendant toute la nuit du jeudi au vendredi. Au petit matin, a lieu une cérémonie appelée "el khatima", qui consiste à renouveller l'affiliation des communautés à la confraternité soufie "cheikhiya". 
 
 
— Les hymnes à Sidi Cheikh et danses de femmes dite "saf" à la zaouiya (institution d'hospitalité universelle) "Lalla Rabi'a", ainsi que la danse guerrière dite "alaoui".
 
 
— Les jeux équestres qui mobilisent plus de trois cents cavaliers venant de toutes les communautés affiliées à la confraternité.
 
 
— Les jeux d'escrime qui consistent à se battre avec des bâtons sans se blesser.
 
 
— la commensalité qui est l'offre de nourriture aux pèlerins et à tous les visiteurs étrangers.
Identification et définition de l’élément
Qui sont les détenteurs et les praticiens de l’élément ? : 
Actuellement, les détenteurs de la décision de l'organisation annuelle, et de l'organisation effective des rituels religieux, des festivités, des jeux équestres, sont les descendants en ligne directe du fondateur de la confraternité soufie, qui sont, en même temps, les dépositaires de la méthode (tariqa) "soufie" qui institue la spécificité de la confraternité mystique musulmane fondée par  Sidi 'Abd el Qader Ben Mohammed dit Sidi Cheikh. 
 
Ils sont organisés dans une association officielle agrée par l'État, dénommée : "Association Exécutive et de Gestion de la Zaouiya Centrale de la Tariqa Cheikhiya Originelle de Sidi Cheikh". Ce sont les référents principaux du clan dépositaire, en ligne directe et par primogéniture, de la puissance ou de la capacité à gérer la "Zaouiya" centrale et de l'organisation du RAKB. Ce clan ou cette fraction, porte le nom de "Al Sidi Cheikh". Une zaouiya est une institution d'enseignement religieux soufi et d'hospitalité universelle. Le référent principal est : el Haj Mahmoud Al Sidi Cheikh, duquel dépend toute décision et toute compétence en la matière.
 
 
Les autorités administratives officielles de la commune d'el Abiadh Sidi Cheikh, ne sont pas concernées par la décision d'organisation, ni par l'organisation effective du pèlerinage ; cependant leur intervention est nécessaire et est effective et efficace pour les questions de sécurité, d'hygiène et de propreté, et d'organisation des espaces.
 
 
 
Transmission des savoir-faire: 
Les connaissances et les savoirs-faire ne sont pas l'objet d'une organisation orientée par destination vers la seule réalisation de ce pèlerinage et des rituels sacrés et festivités profanes. Cependant, en ce qui concerne les savoirs religieux, la transmission existe depuis des siècles dans tout le nord de l'Afrique (Maghreb et Sahel africain) : les rituels sont reproduits dans la société. Ils s'apprennent et sont transmis dans les familles grâce aux pratiques auxquelles les enfants et les adolescents sont toujours associés.
 
Néanmoins, les rituels soufis de "selka" (récitation, en chœur, du Qoran), "el khatima" (renouvellement des liens de déférence des communautés à la confraternité), les hymnes mystiques (tejlil et trimid) et les prières, s'apprennent dans la confraternité (tariqa et zaouiya) et sont l'objet d'un enseignement systématique de maîtres (cheikh) à initiés (mourid). 
 
 
La récitation psalmodiée de l'hymne mystique "el Yaqouta" dont l'auteur est le fondateur de la confraternité, est aussi l'objet d'un enseignement exégétique et d'une transmission spécialisée qui a lieu toute l'année, chaque vendredi matin, sauf pendant le Ramadhan et les grands travaux de printemps et d'automne. La danse "saf" de femmes est aussi l'objet d'un enseignement et de transmission au sein d'une association féminine agréée et financée par les autorités officielles. (Direction départementale de la culture).
 
 
Les festivités profanes (jeux équestres, danse "'alaoui", jeux de bâtons, poésie déclamée et chantée, musiques et rythmes) se transmettent par les pratiques principalement, mais aussi depuis quelques années, par des enseignements et apprentissages dans des associations agrées et budgétisées par l'État.
Quelles fonctions sociales et quelles significations culturelles l’élément a-t-il actuellement pour sa communauté ?: 
L'"élément" est un fait social total et multifonctionnel : "Rakb Sidi Cheikh" développe depuis des siècles :
 
1) — une fonction politique au sens de l'institution du "vivre-ensemble", à travers son organisation et les systèmes symboliques qui la légitiment : Ouled Sidi Cheikh, en tant que communauté de référence, reçoit ces communautés déférentes pour renouveller le pacte qui les lie, réinstituer la  déférence à la confraternité et les alliances séculaires. Tous ces liens sont destinés à assurer la paix et la stabilité entre les communautés. 
 
 
2) — Une fonction sociale : la dimension nationale de l'action de la communauté "Ouled Sidi Cheikh" dans l'histoire de l'Algérie au XIXe siècle, la reprise du RAKB et la notoriété régionale qu'il a acquise, depuis quelques années, ont contribué au développement social et culturel de la ville.
 
 
3) — Une fonction spirituelle éminente : la reprise du pèlerinage a, indubitablement et rapidement, provoqué une reprise spectaculaire des pratiques anciennes de haute spiritualité dans la société, sous la forme du mysticisme (soufisme), à travers la revification de la confraternité soufie "Cheykhiya" fondée au XVIe siècle par Sidi Cheikh.
 
 
4) — Une fonction éthique et culturelle : le maintien des traditions d'enseignement et d'hospitalité universelle, des jeux équestres et des performances vocales et orales dans la poésie, les hymnes sacrés et les chants profanes dans une des langues de la société (l'arabe maghrébin), le développement des techniques corporelles dans les danses de femmes et d'hommes, réconcilie la société avec elle-même, et avec sa matrice culturelle profonde.
Eléments non conformes aux instruments internationaux existants : 
Au-delà de son caractère spectaculaire par les rituels, au delà des cérémoniaux d'échange de communautés déférentes  à communautés référentes, de la densité de la présence du sacré par les hymnes, les prières, les visites au mausolée du fondateur de la confraternité, RAKB Sidi Cheikh est l'occasion d'un immense rassemblement de communautés venant de tout le Sahara algérien, du nord de l'Algérie et d'Europe — principalement de France. Ce rassemblement n'est possible que parce que la paix est assurée entre les communautés. 
 
Le sens profond des jeux guerriers  (bâton, danse 'alaoui, charges de cavalerie, salve de coups de feu) est une théâtralisation de le violence guerrière et de la mort pour ne pas faire la guerre réelle. L'agressivité mise en scène déjoue l'agressivité réelle par le plaisir du jeu. L'offre universelle de nourriture à tous les pèlerins, les visiteurs, les voyageurs de passage, les étrangers de toute origine, culture ou religion, fait de tous ceux qui partagent cette nourriture des commençaux, des êtres qui ne peuvent plus être en violence les uns avec les autres. 
 
 
C'est donc que le RAKB est totalement conforme — dans leurs exigences et objectifs — aux instruments internationaux relatifs aux droits de l'homme, à l'exigence du respect  mutuel entre communautés, groupes et individus, et est totalement compatible avec un développement durable. 
 
 
 
Mesures de sauvegarde proposées
Inclusion de l’élément dans un inventaire: 
 
Conformément aux articles 2 et 3 du décret n° 03/325 du 05/10/2003  portant sur les modalités de référencement des biens culturels immatériels dans la Banque nationale de données, la Direction de la culture de la Wilaya d'El Bayadh a transmis au Ministère de la culture, en juin 2010, les données relatives au "Rekb Sidi Cheikh" recueillies par ses services auprès des responsables de zawiya (institutions religieuses locales),  des communautés impliquées par les rituels et des associations culturelles et professionnelles de la wilaya. 
 
Ces données comportent des vidéos, des témoignages oraux, des documents photographiques et des écrits attestant de la participation active et de l'intérêt manifeste des populations locales pour la reconnaissance nationale et internationale de cette tradition et des diverses pratiques culturelles, rituelles et artisanales associées. 
 
 
Les experts scientifiques du Centre National de Recherches Préhistoriques, Anthropologiques et Historiques (CNRPAH) ont procédé dans un second temps à la validation de ces matériaux. A l'issue de cette phase,  le CNRPAH a été chargé de préparer et de présenter aux services de l'UNESCO un dossier de candidature pour classement.
 
 
A la suite de l'expertise, la Ministre de la culture a pris la décision d'inscrire l'élément dans la banque nationale de données du patrimoine culturel immatériel. 
 
 
 
 
Documentation annexée (obligatoire): 
10 photos récentes en haute résolution
cession(s) de droits correspondant aux photos (formulaire ICH-07-photo)
film vidéo monté (de 5 à 10 minutes), sous-titré dans l’une des langues de travail du Comité (anglais ou français) si la langue utilisée n’est ni l’anglais ni le français
cession(s) de droits correspondant à la vidéo enregistrée (formulaire ICH-07-vidéo)
Liste de références documentaires (optionnel): 
SITES INTERNET :
 
 
 
 
 
 
 
BIBLIOGRAPHIE :
 
 
Sur RAKB SIDI CHEIKH stricto sensu, il n'y a pas la moindre trace de publication ou d'études universitaires sauf :
 
 
Ahmed BEN NAOUM,  "Ouled Sidi Cheikh, Éssai sur les représentations hagiographiques de l'espace dans le Sud-ouest de l'Algérie", Thèse de doctorat d'État ès lettres et sciences humaines, Aix-en-Provence, France, 21 décembre 1993. Les chapitres VI, VII et VIII, pages 284 à 420 sont consacrées au RAKB. Ce travail est en voie de publication et de traduction du français à l'arabe, au Centre National de Recherches Préhistoriques Anthropologiques et Historiques.
 
 
Sur Ouled Sidi Cheikh, la littérature scientifique est très rare. Les références sont celles des Archives d'Outre Mer (A. O. M.) à Aix-en Provence, France. 
 
 
Manuscrits:
 
 
1) — Manaqib Sidi 'Abd el Qader Ben Mohammed, par le faqih Ahmed Ben 'Abderrahmane Ben Abi Bakr Ben 'Athmane Essekkouti el Figuigui,
 
 
2) — El Yaqouta, poème soufi de  Sidi 'Abd el Qader Ben Mohammed dit Sidi Cheikh. Plusieurs manuscrits sur cahiers d'écoliers. Édité par le Père blanc Milad 'Aïssa, Entreprise Nationale du Livre, Alger, 1986. Édition bilingue arabe-français.
 
 
3) — Tâj el Yaqout wa sirr ennassout, texte d'el Yaqouta et de son commentaire par l'imâm Mohammed Ben Ma'rouf des Ouled Sidi Ali Bouchnafa, communauté alliée aux Ouled Sidi Cheikh.
 
 
4) — Histoire des tribus de l'Oranie, manuscrit français microfilmé de plus de 1400 pages  dont environ trois cents sont consacrées à Ouled Sidi Cheikh. Carton 10 H 53.
 
 
Ouvrages :
 
 
Trois ouvrages, les seuls qui portent sur Ouled Sidi Cheikh en dehors de la thèse citée :
 
 
1) — Cheikh Si Hamza Boubakeur, Un soufi algérien, Sidi Cheikh, Maisonneuve et Larose, Paris, 1990.
 
 
2) — Cheikh Si Hamza Boubakeur, Trois poètes algériens, Maisonneuve et Larose, Paris, 1990. Cet ouvrage contient le meilleur recueil bilingue (arabe maghrébin-français) du poète Mohammed Belkhayr, barde des tribus Aghouat Ksèl alliées et déférentes des Ouled Sidi Cheikh,  chantre de Sidi Cheikh.
 
 
3) — Mohamed Belkheir, Étendard interdit, poèmes de guerre et d'amour, recueillis, présentés et traduits de l'arabe (Algérie) par Boualem Bessaieh. Préface de Jacques Berque, Édition bilingue. Sindbad, Actes sud, Arles, 1976, deuxième édition,
 
 
4) — Archives d'Outre Mer (Aix-en-Provence) :
 
 
La série H de 1 à 31 est la plus riche en notices ethnographiques, courriers et renseignements  sur Ouled Sidi Cheikh depuis 1845 et jusqu'à 1962.
 
 
La série J est plus précise, elle concerne les affaires domaniales, les statistiques, le commerce, les tribus et fractions à l'ouest de l'Atlas saharien et au Sahara, dans le domaine des Ouled Sidi Cheikh qui est aussi vaste que la Péninsule Ibérique.
 
 
La série 1J concerne la masse de documents militaires et tous les rapports sur les insurrections des Ouled Sidi Cheikh de 1864 et 1881. On y trouve, notamment les rapports sur la destruction à l'explosif du mausolée de Sidi Cheikh par le colonel Négrier en 1881 l'exhumation de ses restes et leur transport à Alger, ainsi que les conséquences de cet acte sur le surcroît de sacralité dont ce mausolée est, depuis, l'objet. Le mausolée a été reconstruit en 1886 et les restes retournés à el Abiadh et réhinumés sous le mausolée actuel.
 
 
Il convient, enfin, de signaler une grosse synthèse d'archives militaires et de notices historiques et ethnographiques sur le Sud-ouest de l'Algérie à la fin du XIXe siècle : "Documents pour servir à l'histoire du Nord-ouest africain", édité par Jules Cambon, gouverneur général de l'Algérie, en 1896 à Alger. Cf. les tomes II et III. Plus de trois cents pages sont consacrées à Ouled Sidi Cheikh, accompagnées de cartes et de plans d'el Abiadh Sidi Cheikh au XIXe siècle.